La définition de l’actuaire
Introduction
Qu’est-ce qu’un actuaire ? Voilà une question qui nous est fréquemment posée et à laquelle la réponse peut prendre plusieurs formes, car il n’existe pas une seule définition indépendante de l’époque et de la région. Nous vous proposons donc diverses définitions visant à illustrer sous différentes facettes ce qu’est l’actuaire et ce qu’il fait.
Réponses des dictionnaires
Avant de proposer une réponse plus élaborée, regardons ce que dit le dictionnaire Le Petit Robert. On y apprend que l’actuaire est un professionnel, spécialiste de l’actuariat (1872, anglais « actuary », du latin « actuarius », sténographe, scribe chargé des procès-verbaux, de « actum »). L’actuariat moderne n’a toutefois rien à voir avec la sténographie ! L’actuariat est décrit par ce même dictionnaire comme suit : « technique appliquant les méthodes statistiques et du calcul des probabilités aux opérations financières, aux problèmes d'assurance, de prévoyance et d'amortissement. ».
Le dictionnaire anglais Harrap’s 21st Century Dictionary définit l’actuaire comme quelqu’un qui calcule les risques d’assurance et donne des conseils à des sociétés d’assurance, etc. quant à l’établissement des primes.
Voilà qui nous donne une bonne idée et nous « rassure » un peu, sans toutefois exposer la pleine signification de ce qu’est l’actuariat au Canada.
Les définitions des organismes professionnels
Une visite sur le site web de différents organismes actuariels nord-américains nous permet de trouver des explications et définitions additionnelles de ce qu’est l’actuaire.
Ainsi, l’Institut canadien des actuaires (ICA, site web : www.actuaires.ca) nous offre la définition suivante :
« Les actuaires sont des professionnels du monde des affaires qui appliquent les mathématiques aux problèmes financiers. Les actuaires font appel à leurs connaissances spécialisées en mathématique financière, en statistique et en théorie des risques afin de résoudre les problèmes spécifiques :
- des sociétés d'assurances (vie et IARD);
- des régimes de retraite;
- des organismes de réglementation;
- des programmes sociaux;
- des particuliers.
Les actuaires possèdent un bon sens pratique des affaires, la créativité requise pour mettre leur formation et leur expérience au profit de solutions novatrices aux nouveaux problèmes, ainsi que les compétences nécessaires en communication leur permettant de persuader leurs collègues et leurs clients. Ils aident les gens à mieux se préparer pour l'avenir en réduisant les risques associés :
- à la retraite;
- à la maladie;
- à l'invalidité;
- au chômage;
- aux dommages matériels et à la perte de biens;
- aux placements;
- à la mort prématurée;
- à une vie trop longue.
La définition insiste sur la caractérisation de l’actuaire à titre de professionnel, à la croisée de la science appliquée (mathématiques, statistiques), de la finance et du monde des affaires. Ces connaissances sont appliquées pour résoudre des problèmes associés à l’existence de risques financiers qui touchent de grands segments de la population.
Cette définition élargit déjà la définition classique de l’actuaire à titre de « personne qui calcule les primes d’assurances », laquelle ne représente qu’une facette des tâches de nature actuarielle.
La Society of Actuaries est un organisme international à but éducatif, de recherche et professionnel basé aux États-Unis (SOA, site web: www.soa.org ). La SOA s’occupe de la formation et de la recherche en actuariat dans les domaines reliés aux risques d’assurance vie, régimes de retraite, assurances collectives et risques financiers. La vision de la SOA est que l’actuaire soit reconnu à titre de principal professionnel dans la modélisation et la gestion du risque financier et des événements contingents.
La Casualty Actuarial Society est un organisme actuariel international également basé aux États-Unis qui se spécialise dans l’application de l’actuariat au domaine des assurances générales ou assurance I.A.R.D. (CAS, site web : www.casact.org ). Les deux organismes SOA et CAS ont mis sur pied le site web de promotion de la profession actuarielle www.beanactuary.org .
On retrouve sur ce dernier site une définition de l’actuaire qui peut se traduire ainsi : « Les actuaires sont des experts pour évaluer la probabilité d’événements futurs, concevoir de façon créative des mesures pour réduire la probabilité d’événements indésirables, et amenuiser l’impact des événements indésirables qui surviennent…. Les actuaires sont des professionnels de premier plan pour trouver des façons de gérer le risque. »
Définition moderne de l’actuaire
À la lumière de ces diverses définitions, nous vous proposons la version suivante d’une définition moderne de l’actuaire.
L’actuaire est un professionnel spécialisé dans l’analyse, la modélisation et la gestion des conséquences financières découlant d’événements incertains (ou de risques).
À cette courte définition, on peut ajouter des explications pour mieux faire comprendre ce que cela signifie en pratique.
Événements aléatoires, probabilités et conséquences financières
Les définitions citées plus haut mentionnent souvent l’utilisation de probabilités et de statistiques par l’actuaire. Commençons par donner quelques exemples d’événements incertains :
- le moment du décès d’une personne;
- la somme annuelle des réclamations pour soins de santé ou en assurance invalidité de courte durée;
- le nombre de réclamations et le total des sinistres découlant de l’utilisation d’un véhicule;
- l’impact d’un incendie sur une propriété.
Ces événements aléatoires peuvent entraîner des conséquences financières pour un individu, les membres de sa famille ou pour une entreprise. L’analyse et le traitement de ces risques financiers constitue l’essentiel du travail professionnel de l’actuaire.
Programme de sécurité financière
Le transfert du risque de l’individu à un groupe (mutualisation du risque) se fait par la mise sur pied d’un programme de sécurité financière : cela prend la forme d’une police d’assurance (assurance vie ou assurance habitation par exemple), d’un régime de retraite ou de l’établissement d’une loi (exemples : loi sur l’assurance médicaments, loi sur le Régime de rentes du Québec).
L’actuaire participe à la conception du programme de sécurité financière. Il établit les coûts (prime ou cotisation selon le cas) selon le niveau des prestations prévues (capital assuré en assurance vie, garanties d’une police d’assurance automobile, prestations prévues par une loi). Il doit choisir les hypothèses et méthodes utilisées pour faire son travail en tenant compte de nombreux facteurs économiques et démographiques. Il informe les parties concernées des facteurs qui auront un impact sur l’évolution future des coûts. Il effectue périodiquement un examen de la valeur actualisée des engagements résultant du programme de sécurité (passif actuariel d’une police, provision actuarielle d’un régime de retraite).
Lors de cet exercice, il indique alors quelle est la santé financière du programme en date d’évaluation (excédent ou déficit, profitabilité d’une ligne d’affaires d’une société d’assurance) et comment est survenue la modification de la santé financière du programme depuis la dernière évaluation (analyse d’expérience). Ces résultats ont un impact sur l’établissement de la tarification future pour ce même programme ou d’autres de même nature.
Connaissances requises et titres professionnels
Par cette longue énumération de tâches à réaliser, on peut mieux apprécier ce que fait l’actuaire et les connaissances dont il a besoin. Il utilise les probabilités et les statistiques pour la modélisation de risques financiers. Une connaissance des mathématiques financières et des mathématiques actuarielles est essentielle à son travail. La modélisation des risques requiert des connaissances en programmation et éventuellement l’utilisation de logiciels statistiques. La simulation de l’expérience financière d’un programme, le calcul des passifs ou de la tarification sont des tâches requérant l’utilisation de l’ordinateur : l’actuaire se doit naturellement d’être à l’aise dans un environnement lui permettant d’appliquer des modèles composés de formules mathématiques à des données statistiques.
L’environnement économique, fiscal, légal et social dans lequel les programmes de transfert de risque sont établis doivent également être compris par l’actuaire. La formation de l’actuaire lui inculque des bases dans ces champs de compétence connexes, de même que des aptitudes en communication pour pouvoir communiquer ses résultats à divers publics.
La formation de l’actuaire comprend également l’étude d’examens professionnels administrés par la SOA et la CAS. La réussite d’une longue série d’examens est donc requise pour obtenir le titre d’Associé ou de Fellow de l’une ou l’autre de ces associations. Le titre de Fellow de l’Institut canadien des actuaires s’obtient par l’obtention du titre de Fellow de la SOA ou de la CAS, en plus de satisfaire à une exigence d’expérience de travail et à une exigence de travail de nature canadienne. Ces examens peuvent être faits en partie pendant la formation universitaire, mais se poursuivent par la suite pendant les premières années de pratique professionnelle.
Normes professionnelles
Ce travail actuariel doit être fait selon des normes professionnelles. L’actuaire est donc un professionnel ayant une formation scientifique (principalement dans le domaine des mathématiques appliquées) qui œuvre généralement dans le secteur de la finance et de l’assurance. La sécurité financière d’un grand nombre de personnes, et la profitabilité ou santé financière de grandes entreprises dépend de l’intégrité et du niveau de professionnalisme de l’actuaire.
Conclusion
L’actuaire, en résumé, peut être défini comme un gestionnaire de l’incertain, un architecte ou ingénieur des programmes de sécurité financière, un professionnel de la modélisation des risques financiers. En résumé, nous répétons la définition proposée plus haut : l’actuaire est un professionnel spécialisé dans l’analyse, la modélisation et la gestion des conséquences financières découlant d’événements incertains.
Cela donne une dimension plus large que l’ancienne définition de « la personne qui calcule les primes d’assurances » : l’actuaire se retrouve en effet non seulement dans les sociétés d’assurance, mais également dans divers organismes et contextes où ses compétences quantitatives et qualitatives sont hautement appréciées.
Les domaines de pratique professionnelle de l’actuaire
Nous présentons dans la section suivante des exemples typiques de travail professionnel effectué par les actuaires. Sans être exhaustif, les secteurs d’activité professionnelle énumérés ci-dessous donnent un bon aperçu des employeurs typiques et des tâches principales de plusieurs actuaires. Il faut noter que le lien entre le type d’employeur et la spécialisation du travail professionnel en actuariat n’est pas clairement délimité : on peut par exemple trouver dans une société d’assurance vie des actuaires spécialisés dans le domaine des régimes de retraite ou de l’investissement. Toutefois, la présentation par employeur type donne une bonne image du travail de l’actuaire.
Nous présentons successivement les domaines d’activités professionnelles suivants : assurance de personnes (individuelle et collective), assurance I.A.R.D., régimes de retraite, sécurité sociale et régimes généraux, risques financiers et divers (réassurance, universités, etc.).
1. Assurance de personnes
Le secteur des assurances de personnes est sans doute le premier domaine d’emploi de l’actuaire d’un point de vue historique. L’assureur offre une protection contre certains risques en offrant des polices d’assurance. Les risques suivants donnent un aperçu de quelques produits offerts:
- le risque de décès : assurance sur la vie (assurance vie entière, assurance temporaire);
- le risque de survie : rente viagère (avec ou sans garantie en cas de décès);
- le risque d’invalidité : assurance invalidité de courte ou de longue durée.
Ces polices d’assurance font l’objet d’un contrat émis à une seule personne (assurances et rentes individuelles) ou à un groupe tel que les employés d’une entreprise (assurances et rentes collectives).
L’actuaire s’occupera typiquement des tâches suivantes :
- établir la tarification d’un produit d’assurance en fonction des caractéristiques des assurés (exemple : sexe, âge, statut fumeur/non fumeur pour l’assurance vie);
- déterminer le niveau des passifs actuariels requis selon les lois;
- déterminer la solvabilité actuelle et future de l’assureur;
- déterminer la profitabilité de chaque ligne d’affaires de l’assureur;
- établir la juste valeur d’une société lors d’une fusion, acquisition ou démutualisation.
Certains actuaires se spécialisent dans le développement et la recherche de nouveaux produits, la mise en marché ou la réassurance de ces produits. D’autres travailleront plus étroitement dans le domaine des investissements des fonds recueillis par l’assureur.
Enfin, il est courant de retrouver des actuaires aux postes de haute direction d’une société d’assurance: leurs tâches quotidiennes impliquent alors plus souvent des activités administratives et de stratégie corporative.
2. Assurance I.A.R.D.
Les assurances I.A.R.D. couvrent les risques « Incendie, accidents et risques divers ». On retrouve également l’appellation assurances générales ou assurances de dommages dans l’environnement canadien.
L’assurance I.A.R.D. se spécialise dans les risques touchant les biens et la responsabilité. Les exemples typiques sont l’assurance habitation (incendie, vol, etc.) et l’assurance automobile (collision, feu, vol, vandalisme, etc.). On y retrouve également des branches plus spécialisées telles que l’assurance responsabilité civile, l’assurance maritime, l’assurance cautionnement, etc.
La nature du travail n’est pas la même d’une province à l’autre et d’un pays à l’autre : certains risques couverts par la Société d’assurance automobile du Québec sont en effet assurés par le secteur privé à l’extérieur du Québec.
Les tâches typiques de l’actuaire IARD consistent à :
- établir la tarification d’un produit d’assurance en fonction des caractéristiques des assurés (exemple : sexe, âge, expérience de conduite, type de véhicule et lieu de résidence pour l’assurance automobile);
- déterminer le niveau des passifs actuariels requis selon les lois;
- déterminer la solvabilité de l’assureur;
- déterminer la profitabilité de chaque ligne d’affaires de l’assureur;
- établir la juste valeur d’une société lors d’une fusion ou acquisition.
Il y a une similitude entre les tâches de l’actuaire en assurance vie et en assurance I.A.R.D., mais les distinctions pratiques, les produits, les normes applicables et les techniques utilisées diffèrent considérablement entre les deux secteurs d’activités.
3. Régimes de retraite et avantages sociaux
L’employeur typique d’actuaires dans ce domaine est une société d’actuaires conseil. Une telle entreprise offre ses services à plusieurs clients qui ont besoin des services spécialisés d’un actuaire. On retrouve cependant des actuaires dans ce domaine de pratique qui sont à l’emploi de sociétés d’assurance, du gouvernement ou d’employeurs ayant de nombreux employés.
Le client type d’un bureau d’actuaires conseil est par exemple une entreprise offrant un régime de retraite à ses employés : elle aura besoin des services de l’actuaire pour l’assister dans la conception et l’élaboration du régime pour effectuer les évaluations actuarielles périodiques requises selon la loi et ainsi obtenir un avis professionnel sur la santé financière du régime et le niveau des coûts reliés au régime.
Un actuaire conseil peut également se spécialiser en assurance collective et autres avantages sociaux pour assister l’employeur et les groupes d’employés dans le choix des produits. D’autres actuaires travaillent dans le domaine de la rémunération ou à titre de témoin expert devant les tribunaux.
Notons enfin que des actuaires conseil spécialisés dans le domaine de pratique de l’assurance vie ou I.A.R.D. peuvent effectuer les tâches qui sont énumérées ci-dessus pour ces deux domaines d’activités à l’intérieur d’une firme de consultation.
4. Régimes généraux et sécurité sociale
Le gouvernement emploie plusieurs actuaires, au niveau provincial ou fédéral, selon les divers programmes de sécurité sociale établis par des lois et visant à protéger la population. Il emploie également des actuaires dans les organismes de contrôle visant au respect des lois régissant l’encadrement des activités d’assurance et l’établissement de régimes de retraite.
Des actuaires travaillent par exemple à la Société d’assurance automobile du Québec (assurance vie et assurance invalidité résultant de l’utilisation de véhicules). D’autres actuaires œuvrent à la Commission de la santé et sécurité du travail (mêmes risques que pour l’exemple précédent, mais dans le cadre spécifique de l’emploi). La Régie des rentes du Québec emploie des actuaires pour l’évaluation du Régime de rentes du Québec, et pour la surveillance des régimes privés de retraite. L’Autorité des marchés financiers surveille les activités d’assureurs faisant affaires au Québec et requiert aussi les services d’actuaires. On retrouve également des actuaires à la C.A.R.R.A. (Commission administrative des régimes de retraite et d’assurances), au Conseil du Trésor et au Ministère de la Santé et des Services sociaux.
Des emplois similaires existent dans d’autres provinces. On retrouve au niveau fédéral des actuaires dans la fonction publique pour s’occuper de la surveillance des activités des sociétés d’assurances (B.S.I.F. ou Bureau du Surintendant des institutions financières), de l’évaluation des régimes de retraite des employés de la fonction publique, de l’évaluation du Régime de pensions du Canada et du régime d’assurance-emploi. Avec les ajustements nécessaires, on retrouve des actuaires occupés à des tâches similaires dans d’autres pays.
5. Risques financiers
Bien qu’on retrouve une moins grande proportion d’actuaires spécialisés dans ce domaine comparativement à ceux cités précédemment, il s’agit d’un domaine en voie d’expansion. Des actuaires aux compétences quantitatives solides évoluent dans une sphère d’activité où leurs aptitudes à l’évaluation du risque s’appliquent dans le contexte de la finance et de l’évaluation des produits financiers plus sophistiqués. Ces actuaires travaillent donc plus du côté de l’actif que du passif, par opposition à l’évaluation des engagements des programmes de sécurité financière.
Certains actuaires s’impliquent à la fois dans les domaines de l’actif et du passif par la nature des mandats qui leurs sont confiés (appariement et immunisation pour société d’assurance ou régimes de retraite).
D’autres se spécialisent dans le risque de crédit ou en viennent à travailler exclusivement dans le domaine des placements.
6. Divers
Cette dernière catégorie regroupe des champs disparates, mais qui correspondent à des parcours bien spécifiques.
Certains actuaires se spécialisent dans la réassurance, soit à titre d’assureur de risques cédés par des sociétés d’assurance à un réassureur. L’assureur se protège, par exemple, contre des risques de pertes catastrophiques reliées à un seul événement, ou encore cède une proportion définie de l’ensemble de ses risques pour éviter notamment de trop grandes fluctuations dans ses résultats financiers.
D’autres actuaires se retrouvent dans les universités où ils se consacrent aux missions traditionnelles de l’enseignement et de la recherche dans leur discipline.
On observe également que certains actuaires se spécialisent dans le domaine informatique, plus particulièrement dans le développement de logiciels spécialisés utilisés notamment par les sociétés d’assurance.
Enfin, un domaine relativement récent d’intérêt pour les actuaires est la gestion du risque d’entreprise (« Enterprise Risk Management ») : l’actuaire applique alors ses connaissances de modélisation du risque non seulement à une branche traditionnelle du risque, mais à différentes facettes des risques encourus par une entreprise dans la conduite de ses activités d’affaires.






